12. Jésus meurt sur la croix


Table des matières

 

Partie 1. Sieger Köder : une découverte, une démarche

Partie 2. Le Chemin de croix, selon Sieger Köder

  1. Jésus est condamné à mort
  2. Jésus est chargé de sa croix
  3. Jésus tombe pour la première fois
  4. Jésus rencontre sa mère
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  6. Véronique essuie le visage de Jésus
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
  9. Jésus tombe pour la troisième fois
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
  11. Jésus est cloué sur la croix
  12. Jésus meurt sur la croix
  13. a) Jésus est détaché de la croix…
    b) … et son corps est rendu à sa mère
  14. Le corps de Jésus est mis au tombeau

 

Le Chemin de croix, selon Sieger Köder

 

12. Jésus meurt sur la croix

 

Quand ils l’eurent crucifié,
[…] s’étant assis, ils étaient là à le garder.
Mt 27, 35-36
Mais Jésus, lançant un grand cri, expira.
Mc 15, 37

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie [femme] de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc, voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’il préférait, dit à sa mère : “Femme, voilà ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voilà ta mère.” Et, dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » (Jn 19, 25-27)

« Arrivés à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes, mais l’un des soldats, de sa lance, lui piqua le côté, et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » (Jn 19, 33-34)

Source : https://www.alamyimages.fr/jesus-meurt-sur-la-croix-12eme-stations-de-la-croix-par-sieger-koder-dans-l-eglise-saint-etienne-a-wasseralfingen-allemagne-image350594857.html

 

Le voile du Temple qui séparait les juifs pratiquants du Saint des Saints se déchire à la mort de Jésus; les pans s’en écartent pour laisser passer le Crucifié. C’est la Révélation. « Vraiment, cet homme était fils de Dieu », s’exclame celui qui commandait l’exécution (Mc 15, 39; Lc 23 47; Mt 27, 54).

Pour cette station, Sieger Köder réunit des épisodes successifs en une seule image. Voyons comment.

 

Ouvrir l’image dans un nouvel onglet pour placer le commentaire en parallèle.

 

Le cri

Sieger Köder a représenté le Fils de l’Homme tête renversée vers le ciel et bouche ouverte. C’est le moment où, suspendu à la croix, « Jésus s’écria d’une foix forte : “Eli, Eli, lema sabaqthani” c’est-à-dire : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?” » (Mt 27, 46; Mc 15, 34). Mais il ne se borne pas à peindre cet instant de désespoir. Il le rend simultané à trois autres moments forts : antérieur, quand Jésus confie sa mère à la garde de Jean (Jn 19, 25-27); postérieur, quand le voile du Temple se déchire (Mt 27, 51; Mc 15, 38; Lc 23, 45); et ultérieur, quand un soldat, de sa lance, pique le côté de Jésus pour s’assurer de sa mort (Jn 19, 34).

D’abord, Köder fait l’économie de la croix. Jésus paraît suspendu dans le vide, le tronc étiré, le bas-ventre noué de cordages entrelacés. (Pudeur oblige? Il aurait pu dessiner un voile; il a choisi de grosses cordes, de celles dont on se sert pour immobiliser et non dissimuler quelque chose.)

 

Le voile du Temple

Jésus crie, et pourtant, il semble avoir déjà été piqué au côté : simultanéité de moments successifs. On ne voit pas ses avant-bras, masqués par ce qu’on peut avoir pris au premier coup d’œil pour deux colonnes (on pense à celles d’un temple), mais on se ravise aussitôt : il s’agit du voile du Temple qui, après la mort de Jésus, « se déchira en deux, du haut en bas » (Mc 15, 38), partageant le texte hébreu qui y était inscrit en deux testaments : l’Ancien et le Nouveau.

Sous le pinceau de Sieger Köder, les caractères de l’alphabet hébreu s’élèvent comme des flammes, signe de la présence de Dieu. N’est-ce pas ainsi que l’Éternel se révèle à Moïse dans le buisson ardent (Ex 3, 2-6)? Et puis que Jésus se révèle aux disciples d’Emmaüs en faisant brûler en eux leur cœur (Lc 24, 32)? Et qu’enfin, l’Esprit saint se manifeste sous la forme de langues de feu (Ac 2, 3)? Les trois personnes de la Trinité se reconnaissent au feu qu’elles allument dans l’âme humaine. L’image du feu, par laquelle l’Esprit saint, Jésus et l’Éternel se manifestent dans la Bible, remonte sans doute à un souvenir plus ancien déposé dans l’inconscient collectif : le feu sacré des hommes primitifs.

Si les deux pans du voile nous ont paru rigides, ce n’est pas un hasard : dans le temple de Jérusalem, la parokhet (mot féminin) était un rideau épais. Elle séparait le Saint (Heikhal ou Qodech), ouvert aux juifs, du Saint des Saints (Qodech Qodachim ou Devir), qui contenait l’Arche d’alliance et son tabernacle, lieu où seul le grand prêtre pouvait pénétrer, et encore : une fois l’an, le jour de Yom Kippour.

Après la mort de Jésus, « la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent » (Mt 27, 51-52), et le voile du Temple « se déchira par le milieu » (Lc 23, 45). Manifestement, Dieu soudain s’adresse aux Hommes directement, sans voile, à portée de vue et de voix. Le sens invisible qui, pour les juifs, « habitait » pudiquement jusque là dans les textes, gardés de l’autre côté de la parokhet, « là-bas » (cham) dans le Saint des Saints, se dévoile au grand jour : Révélation! En traversant d’une salle à l’autre, en abolissant cette distance, le Père authentifie aussi bien le miracle de l’Incarnation que son projet de Rédemption.

 

Jean et Marie

Aux côtés de Jésus : Jean et Marie. Jusqu’à la huitième station, Jésus portait du rouge; le voile de Marie s’avère ici de la même famille de couleurs, mais plus sombre : grenat. Le regard de Jean se porte encore vers le maître, qui vient de confirmer son statut de « disciple qu’il préférait » en lui confiant sa mère. S’il ne l’avait fait, elle aurait été sans ressources (Joseph, le père nourricier de Jésus, a disparu).

Marie, le regard baissé, semble méditer sur la mort de son fils. Jean et Marie croisent les doigts. Est-ce pour prier ou parce qu’ils attendent patiemment la fin, comme le font les soldats? Ceux-ci, écrit l’Évangéliste, « gardent » Jésus en attendant qu’il meure. Ils le gardent parce qu’avec ses pouvoirs surnaturels (n’a-t-il pas ressuscité Lazare? Jn 11, 43-44), il pourrait encore les surprendre en se décrochant de la croix ou en étant sauvé par des anges. Ils le gardent aussi contre ses disciples, et pour que les grands prêtres ne puissent en aucun cas prétendre qu’il y a eu fraude.

 

Dans l’ombre

En arrière-plan, Sieger Köder a représenté trois personnages dans l’ombre bleue associée à la mort. Comme on l’a lu plus haut, l’évangéliste Jean écrit qu’au pied de la croix se tenaient les trois Marie : la mère de Jésus, dont on vient de parler, sa sœur et Marie de Magdala (Marie-Madeleine).

Le visage de la femme peint au-dessus de la mère de Jésus pourrait donc être soit celui de sa sœur (Marie, femme de Clopas), soit celui de Marie de Magdala. Si le peintre a voulu représenter Marie, femme de Clopas, les rayures qui obscurcissent son visage s’expliquent par son rôle « effacé » dans la Passion. S’il a plutôt voulu représenter Marie de Magdala, cela s’explique aussi : discrète (ou obscure) au moment de la Passion, elle tiendra un rôle éclairant trois jours plus tard. En effet, elle sera la première personne à voir Jésus après sa résurrection (Jn 20, 14-16), celle qui courra en informer Jean et Simon-Pierre (Jn 20, 1b-2).

Rien n’empêche que Sieger Köder peut avoir délibérément brouillé les pistes dans son tableau pour suggérer une surimpression des deux visages de la sœur de Marie et de Marie de Magdala…

Les traits parallèles qui obscurcissent ce visage font penser au traitement que le peintre a réservé au sixième personnage de la station précédente, représenté à l’envers sur le côté supérieur gauche de la toile. Je ne crois pas que Sieger Köder ait voulu représenter Marie de Magdala à la onzième station, exclusivement masculine. À mon avis, les visages rayés figurant aux stations 11 et 12 appartiennent à des personnages différents, même si le traitement pictural est analogue. Cette analogie demeure troublante néanmoins.

Deux hommes complètent le tableau. Köder les a peints vis-à-vis l’un de l’autre dans un angle symétrique à la hauteur des côtes de Jésus. Je pense qu’il s’agit des deux larrons crucifiés de part et d’autre de Jésus.

 

Ne manquez pas la suite :
13. a) Jésus est détaché de la croix…

 
Texte : © André-Guy Robert, 2022
Tableaux :
© Sieger Köder et ayants droit
Photos : © Sources respectives, Internet
Toute reproduction du texte sans l’autorisation de l’auteur est interdite.
Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

 

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