7. Jésus tombe pour la deuxième fois


Table des matières

 

Partie 1. Sieger Köder : une découverte, une démarche

Partie 2. Le Chemin de croix, selon Sieger Köder

  1. Jésus est condamné à mort
  2. Jésus est chargé de sa croix
  3. Jésus tombe pour la première fois
  4. Jésus rencontre sa mère
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  6. Véronique essuie le visage de Jésus
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
  9. Jésus tombe pour la troisième fois
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
  11. Jésus est cloué sur la croix
  12. Jésus meurt sur la croix
  13. a) Jésus est détaché de la croix…
    b) … et son corps est rendu à sa mère
  14. Le corps de Jésus est mis au tombeau

 

Le Chemin de croix, selon Sieger Köder

 

7. Jésus tombe pour la deuxième fois

 

On amenait encore deux malfaiteurs
pour être exécutés avec lui.
Lc 23, 32

Source : https://www.dreamstime.com/jesus-falls-second-time-th-stations-cross-st-stephen-s-church-wasseralfingen-germany-sieger-koder-image177120507

 

Sieger Köder, qui montre la solitude de Jésus dans ses première et troisième chutes, utilise celle du centre pour le représenter entre ses compagnons d’infortune, les deux larrons.

Le bon, que nous voyons à gauche sur le tableau, est en réalité à sa droite, c’est-à-dire du côté des justes. Le spectateur doit donc adapter son point de vue à celui de Dieu pour interpréter la scène à l’endroit! C’est ce qu’on appelle la conversion.

 

Ouvrir l’image dans un nouvel onglet pour placer le commentaire en parallèle.

 

Les couleurs

Jésus n’était pas seul à porter l’instrument de son supplice. Deux larrons (des brigands, des voleurs) l’accompagnaient qui portaient leur fardeau, après bien d’autres dont les Évangiles ne parlent pas. Ils ont été innombrables, les condamnés de la Terre (co-damnés, damnés ensemble), et ils le sont toujours. En peignant ce tableau, Sieger Köder pense en filigrane à tous les malheureux qui portent une peine. D’où la présence de ces deux poutres noires qu’il place de part et d’autre de la scène où Jésus, en rouge, est lui-même encadré de ses compagnons d’infortune, en mauve (nuance du violet).

Le noir, le rouge et le violet sont des couleurs liturgiques. Le noir, couleur des croix latérales, est associé à la mort; on l’emploie dans les célébrations mortuaires et les jours de deuil et de pénitence. Le rouge de la tunique de Jésus est porté le Vendredi saint en mémoire de la Passion, des martyrs et du sang versé. Le violet est la couleur principale du carême, temps de pénitence et de mortification. Sieger Köder a choisi de peindre les habits des larrons en bleu/mauve, nuances du champ chromatique violet.

Bien que portant des couleurs différentes, le Christ et les larrons partagent le même châtiment. Tous trois ploient sous la charge, qui les a mis à genoux. Leur poutre est faite du même bois.

 

Les lignes de force

On sait que, dans un tableau, les taches pâles attirent le regard du spectateur. Sieger Köder en fait un emploi judicieux qui guide notre regard et enrichit le symbolisme de la scène. Remarquez le bras levé du larron de gauche. Il rejoint à angle droit ceux de Jésus. Les trois bras nus dessinent ensemble la forme d’un crochet qui les rend solidaires : [

Or le crochet sur lequel Köder attire le regard — et qu’il place en oblique (signe d’anxiété) — s’avère être le haut d’un rectangle que complètent le visage du second larron et le genou de Jésus, posé en terre. Ce genou, légèrement décentré par rapport à la largeur de l’image, répond en droite ligne à la tête de la poutre centrale, au-dessus, et qui domine la scène. Le tableau se divise donc en deux parts verticales, qui sont aussi morales.

Dans l’histoire du salut, la verticalité établit symboliquement un lien entre Dieu (en haut) et les Hommes (en bas), mais elle divise aussi, horizontalement, les repentants des autres. Sieger Köder a placé le visage de Jésus sur la verticale qui va de son genou à la tête de sa poutre. Or cette droite sépare visuellement l’ivraie du bon grain (Mt 13, 24-30) et fait de ce tableau une sorte de diptyque gauche-droite sur le « royaume des Cieux », en accord avec la définition qu’en a donnée Jésus (Mt 13, 24).

Allons plus loin. Deux plans ici se font face implicitement : celui du tableau et celui du spectateur. Ce sont les deux volets d’un autre diptyque, plus capital encore que le premier : celui de la conversion. Voyons cela de plus près.

 

Les plans

Placés sur deux plans verticaux parallèles, le tableau et le spectateur se répondent en effet. Le tableau sert de miroir où se reflète la réalité du plan divin. Autrement dit, le spectateur voit la réalité de Jésus à l’envers. Dans ce tableau, ce qui nous paraît être à gauche est, en réalité (dans la réalité divine), à la droite de Jésus; ce qui nous paraît être à droite est en réalité à la gauche de Jésus. La scène représentée doit donc être lue à l’endroit, c’est-à-dire du point de vue de Jésus, pas du point de vue du spectateur. Telle est la logique de Dieu : différente, voire opposée à la logique humaine. Pour la comprendre, il faut littéralement changer de plan. C’est ce qu’on appelle se convertir.

Si, au lieu de rester témoins des injustices, nous acceptons de traverser le miroir et d’entrer dans l’action, nous percevrons et vivrons les drames du bon côté.

 

La droite, la gauche

Rappelons-nous maintenant le sens traditionnel de la droite et de la gauche. Lors du jugement dernier « le roi » « dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père” » (Mt 25, 34) et « il dira à ceux qui sont à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel” » (Mt 25, 41). Le bon larron, que nous voyons à gauche sur le tableau, est donc à la droite de Jésus. Tous deux ont les yeux fermés dans une sorte de communion intérieure. Jésus tourne le visage vers lui, qui appuie sa tête à son flanc. Quand ce bon larron se repentira, c’est à lui que Jésus dira : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43).

Köder a peint le second larron dans une position fâcheuse : aussi bas et à droite (entendre : à gauche) que possible, la tête et la main près du cadre. Son visage franchement tourné vers le haut semble appeler le ciel de ses yeux grands ouverts. Il ne le met pas au défi : c’est la bonne part du pécheur. Sa main, cependant, n’est pas loin de jeter à Jésus la première pierre (Jn 8, 7). Oui, les pierres sont du côté des reproches.

Le Jésus qui a sauvé la femme adultère d’une mort assénée à coups de pierres (la lapidation)… le Jésus qui a parlé à la Samaritaine et accepté son eau… est le même Jésus qui a guéri Véronique et essuyé son visage à son voile. Dans la société patriarcale de son temps, cet homme-là — le Fils de l’Homme — a pris le parti des femmes et le risque de s’attirer les pierres qui leur étaient destinées. « Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin » (Lc 4, 30)…

Un détail attire l’attention : la main droite de ce second larron, discrète, fermée, se révèle être toute proche de celle qui pourrait lancer une pierre. Quoi? Elle ne tient pas la poutre? Visiblement non! Me serais-je trompé de mauvais larron? Voyons ce que Sieger Köder a peint au-dessus…

Le peintre nous a laissé découvrir deux visages à peine esquissés dans l’ombre : tous deux se prennent la tête à deux mains, signe de désespoir… Étonnant : personne en particulier ne semble porter la poutre du mauvais larron. Serait-ce qu’ils sont légion à la porter? C’est bien ce que suggère le peintre, reprenant ici l’idée de la multitude, exprimée semblablement à la troisième station. Les visages que Köder avait alors représentés au-dessus du bois de la croix, il les place ici dans l’ombre, dessous. Il ne porte pas plus de jugements que Jésus. Il représente simplement la souffrance des égarés. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

 

Ne manquez pas la suite :
8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

 
Texte : © André-Guy Robert, 2022
Tableaux :
© Sieger Köder et ayants droit
Photos : © Sources respectives, Internet
Toute reproduction du texte sans l’autorisation de l’auteur est interdite.
Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

 

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