Fougue mécaniste

PÉPIN, Clermont [1926-2006, 80 ans]

Un autre coup de cœur de mon adolescence. En particulier pour les premier et troisième mouvements : Toccata et Fugue.

La symphonie commence abruptement et dans une ambiance mécaniste. J’imaginais un lent travelling avant dans une usine où s’entrecroisent de larges courroies d’entraînement. La caméra passe entre des poulies, des engrenages et des tubes fumants, le tout en noir et blanc. Ce serait comme un Metropolis transplanté dans un Montréal d’avant la Révolution tranquille…

À rapprocher de la Symphonie no 2, op. 40 [1924, 33 ans], de Prokofiev [1891-1953], futuriste elle aussi, et au premier mouvement de la Symphonie no 3, op. 42 [1929-1930, 60-61 ans], d’Albert Roussel [1869-1937], mouvement qui s’ouvre énergiquement sur des rouages en mouvement, mais que d’étonnants accents de comédie musicale viennent ensuite adoucir par des apports d’huile.

Le rythme martelé reprend au troisième mouvement, Fugue. De 2:35 à 0:58 avant la fin, l’auditeur a droit à un feu d’artifice aux percussions. Surprenant, jouissif et enlevant. À comparer à l’interlude aux percussions que nous offre Chostakovitch dans Le nez, op. 15 [1930, 24 ans], un morceau de bravoure (à entendre préférablement dans son exubérant contexte).

En écoutant cette symphonie à répétition (et en particulier le premier mouvement), je marchais de long en large dans le sous-sol de la maison familiale, l’esprit en alerte et les joues en feu, imaginant des scénarios.

2018-06-19

 

L’intertextualité est une méthode fructueuse qui n’est pas l’apanage exclusif des écrivains. La preuve :

En composant sa Symphonie no 2 (1957), Clermont Pépin s’est manifestement souvenu d’un thème et des percussions de Pacific 231 (1923) d’Arthur Honegger (thème : de 2:01 à 2:21 et de 4:17 à 4:24; percussions : 2:37). Honegger, lui, s’était souvenu d’un thème du Sacre du Printemps (1913) pour saluer Stravinski dans son Pacific 231 (3:38-3:45)… Comme quoi chacun bâtit sur l’héritage des prédécesseurs.

Dans sa Symphonie no 2, Clermont Pépin développera non seulement le thème de Honegger, mais aussi son idée des percussions au point d’en faire une cadence d’une durée de une minute et demie.

2019-03-20

 

Dans le troisième mouvement, « Animato » (17:02-23:44), de son concerto pour percussions Incantations (2008), Einojuhani Rautavaara (1928-2016) propose une autre approche. Il ne s’agit plus tant d’un feu d’artifice aux percussions que d’un savant malaxage orchestre-percussions. Les xylophones y jouent un rôle unificateur; Colin Currie, percussionniste, en a fourni une cadence inspirée.

2019-06-10

 

© André-Guy Robert, 2018, 2019
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Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

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