Merveilles hypnotiques

DUSAPIN, Pascal [1955]

  • Aufgang, concerto pour violon et orchestre [2011, 56 ans], avec Renaud Capuçon au violon et l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung. YouTube. Enregistré le 26 janvier 2015 à la Philharmonie de Paris [34 min 12 s]

Je découvre que le chef qui dirigeait Su for sheng and orchestra de Unsuk Chin (autre coup de cœur) est le même Myung[-]Whun Chun [ou Chung Myung-whun, selon Wikipédia] qui dirige cette interprétation d’Aufgang de Pascal Dusapin. Même atmosphère de déambulation solitaire dans un rêve obstiné.

Le violon n’est nul autre que l’auditeur lui-même, et l’orchestre, le décor sombre et mystérieux dans lequel il s’aventure prudemment.

Plongé dans le noir, le rêveur écarquille les yeux : il voit autour de lui des lumières phosphorescentes, fines, multicolores, qui oscillent lentement, se développent en douceur, tournent sur elles-mêmes, s’étirent à sa rencontre et se transforment en fleurs étranges. Ces clartés semblent l’observer avec curiosité tout en se tenant à l’écart. Quand il avance la main vers elles, il les voit s’écarter avec souplesse.

Il risque d’autres pas. C’est toujours la nuit, une nuit de sortilèges où il devine qu’il n’a rien à craindre de cette flore luxuriante.

Je pense aux merveilles végétales que les éclaireurs découvrent au début du film Annihilation d’Alex Garland. Chez Dusapin, le mystère ne recèle pas de menace mortelle. Nous restons sous le charme d’une contrée qui révèle une fascination montante. D’où le titre allemand, Aufgang, « lever ».

Il n’y a qu’une façon d’aller au bout de cette fascination : réentendre Aufgang encore et encore. Et si on parvient à s’en extraire, découvrir les autres œuvres de Pascal Dusapin. Hinterland, hapax, par exemple, une autre merveille hypnotique.

Dès le début, je retombe tête première dans ma fascination, et je m’abandonne. Me voici dans la tête de Pascal Dusapin. Je suis Pascal Dusapin. Je comprends que c’est ainsi que j’entends le monde. Exit les mots. Il n’y a que la musique pour dire cela exactement. J’écoute, j’écoute.

 

2019-03-29

 

© André-Guy Robert, 2019
Toute reproduction sans l’autorisation préalable de l’auteur est interdite.
Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

 

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