Prières à dire tout bas

« Joyeuses Pâques! » C’est ce qu’on disait en temps de paix.

En ce dimanche où les chrétiens célèbrent la bonne nouvelle de la résurrection du Christ, comment se réjouir? Comment rendre grâce? Quand, réduit à l’impuissance par crainte d’une guerre mondiale, l’Occident visionne en direct la destruction systématique d’un pays, d’une nation, d’espérances légitimes… Pourquoi accuserait-on Dieu quand les Hommes le font exprès?

J’en appelle à la prière de bonne volonté. À la prière du soir, enfantine, sincère.

Il m’est venu, la nuit dernière, l’idée de vous faire partager les quinze prières que j’ai écrites sur le mode naïf il y a quelques années. J’ai essayé d’imaginer avec quels mots un croyant devenu athée pourrait se remettre à prier, un soir. Il exclurait d’emblée le mot Dieu, bien entendu, le mot Seigneur, féodal; il choisirait un ton intime, emploierait le tu de proximité; il exprimerait des notions d’adulte avec des mots d’enfant. 

Voici mes prières à dire tout bas, ce soir, avant d’aller au lit.

 

 

Laval, le 17 avril 2022, soir de Pâques

 

Ce soir, je pense à toi

Les petits chiens ne te connaissent pas
Quand ils ont sommeil ils se couchent
Tout cru par terre comme un tapis
Ils ne font pas leur prière du soir
Je me blottis comme eux dans un coin
Et pourtant tu me vois d’en haut
Toi qui veilles sur moi toujours

Je me suis souvenu de toi avec chérissement
Ce soir je me suis allongé dans une prière
Une prière qui montait vers toi
Accueille-la au nom des hommes-chiots
Dont je suis
Qui tombent de sommeil sans une prière

Toi qui nous protèges le jour et la nuit
Toi qui nous veilles à tout moment
Pense un peu à tous les êtres
Qui ne pensent jamais à toi
Et qui mènent une vie de petit chien

 

Bel ange

Bel ange qui flottes au plafond
Toi qui me gardes fidèlement dans tes ailes

Prends-moi la main comme avant
Quand j’étais petit et que j’avais peur
Dans ma chambre immense et froide
Plus grande que le ventre de maman
Et sans rien de vivant où poser ma tête

Bel ange gardien qui m’as sauvé du noir
Guide-moi quand j’endors mes petits anges

 

Une croix sur le front

Je pense au visage de maman
Et je trace dessus une croix avec le pouce
Je pense au visage de papa
Et je trace dessus une croix avec le pouce
Je pense au visage de mon frère
Au visage de ma sœur
Et je trace dessus une croix avec le pouce
Je pense au visage de grand-papa de grand-maman
Et je trace dessus une croix avec le pouce
Je pense au visage de mes amis
Et le visage de mes ennemis remonte à la surface
Ils sont là qui m’attendent pour me faire mal

Sur leur front aussi, je veux tracer une croix
S’il te plaît aide un peu mon pouce

 

Le pardon

Ceux dont j’ai peur
Ceux qui m’ont fait mal
Je n’arrive pas à les bénir tout seul
Tout seul, je voudrais les déchirer
En mille miettes pour qu’ils pleurent
Et comprennent leur cruauté

Toi qui ne ferais pas de mal à une mouche
Mets de la chaleur sur ma colère glacée
Guéris la plaie que mes ennemis m’ont infligée
Évite-moi de me blesser encore
À mes pensées pointues

Jette sur nous tous d’un geste large
Ton grand pardon comme une nappe
Toute neuve achetée pour le bonheur

Pardonne à mes ennemis
Moi tout seul je suis trop petit
Trop petit pour le pardon qu’il faut

 

Donne-moi une prière

Toi qui es aux cieux et partout à la fois
Donne-moi ma prière quotidienne
Tu m’entendrais où que tu sois
Te dire que je t’aime et te raconter ma journée
Comme un livre ouvert
Que tu serais prêt à relire

Rappelle-moi ta présence
Avant le sommeil de minuit
Que je t’offre mon front
À ta prière quotidienne
Et sente bien sur ma peau
Chacun de tes mots
Pendant que tu écris

 

Dis à mon esprit de faire dodo

Toi qui sais si bien parler à tout le monde
Parle à mon esprit agité
Dis-lui d’arrêter de courir
Attrape-le au passage
Laisse-le se débattre dans tes bras
Berce-le serré pour qu’il s’abandonne
Porte-le dans mon lit, borde-le
Et reste un peu auprès de lui, auprès de moi
Pendant que ces mots-ci nous caressent

Dors, mon enfant, dors dirais-tu

Qu’il est bon de rester tranquilles un instant
Mon esprit, toi et moi, comme une famille
Et de sentir ta grande main
Sur mes paupières

 

Prière sur un lit désert

Protège ceux qui n’iront pas au lit ce soir
Protège les victimes de désastres
Les persécutés les errants les sans toit ni foi
Les gens qui n’auront pas de lit ce soir
Et les autres qui en trouveront un
Avec de la souffrance dedans

Accompagne les misérables dans la misère
Sors avec eux dans les ruelles violentes
Rends lisible leur image trouble dans le miroir
Ô toi qui vois tout, a-t-on dit, toi qui ne dors jamais
Veille-les pendant qu’ils ne dormiront pas
Tiens-les bordés bien chaud dans leur manteau

 

Pour les oubliés

Toi qui veilles sur moi si bien
Quand des millions d’autres
Mériteraient qu’on les cherche
Hommes et femmes violés en prison
Otages installés pour la torture
Enfants de la rue qu’on intimide
Vagabonds sous la pluie
Solitaires planifiant le suicide en secret
Réfugiés traîtreusement pris pour cible
Affamés portant leur bébé au dispensaire
Rescapés aux yeux hagards
Fous de village attachés au pieu
Vieillards perdus dans leur tête
Et tous les autres dont je n’ai pas idée

Je te le demande
Veille aussi sur eux

Cette nuit, protège-les, rassure-les
Fais que quelqu’un les trouve

 

Une pensée bleue comme le ciel

Toi qui as pensé à tout
Aux fourmis noires, aux fourmis rouges
Aux vers de terre, aux moineaux gris
Aux étoiles et à la Terre
Aux pierres si lourdes et si grosses
Que personne ne peut les bouger
Fais-moi un plaisir
Pense à mon ami malade
Qu’il guérisse vite vite

 

Pour traverser la nuit

Donne-moi la main
Pour traverser la nuit

J’ai peur quand les mamans
Crient devant le cadavre
De leur enfant démembré
Donne-moi la main
Pour traverser la rue
Tandis que défileront
Les meurtriers sanglants
Fiers de leurs armes d’assaut
Qu’ils déchargent en l’air
Ou dans les églises les mosquées
Les marchés bondés

Dis-moi seulement une parole
Pour traverser la nuit

 

Pour ce jour de paix

Les travailleurs achètent leur repas aux comptoirs
Et le mangent si paisiblement les uns parmi les autres
Qu’une prière d’action de grâce me monte aux lèvres
La paix m’étreint comme une prière bleue

Je te chéris pour la paix
Pour ce temps de paix

À l’heure de la pause
Chacun boit son café en douceur
Parlant aux autres
Je me réjouis de ce calme-là
Qui est ton calme à toi
Toi que je chéris de tout mon cœur

Dans l’autobus dans le métro
Les gens circulent sans heurts
Merci pour la paix que tu nous donnes
Pour cet autre jour de paix

 

Berceuse

Toi qui m’abrites
Comme une matrice
Chaude et nourrissante
Toi qui me pétris
Comme une pâte
Selon tes traits
J’entends ta voix
À travers ton ventre
Je la connais
Elle me suit partout
Ta voix me parle
Ta voix me rassure
Quand tu chantes
Je n’ai pas peur
De grandir

 

Dans mon cœur

Il fait nuit dans le cimetière
Et personne n’est là pour veiller sur vous
Vous êtes tout seuls dans la terre
Ne craignez pas la noirceur
Ne craignez pas le froid qu’il fera
Cet hiver quand personne ne viendra

Il ne fait nuit qu’au cimetière
Dans mon cœur un lampion veille

 

Enfant do

Bonne nuit enfant do

Je n’ai pas envie de dormir

Tu tombes de sommeil, mon cœur

J’ai peur tout seul
Dans la nuit je vois des lueurs
Les ombres claquent des dents
Il y a des monstres sous le lit
Je me penche pour les voir
Et là je me réveille

Chéri d’amour il n’y a pas de danger
Les peurs tombent sans bruit
Comme les dents de lait
Aie confiance mon enfant do
Mon enfant dormira bientôt

 

En attendant demain

Dors, petit enfant rose
Toi qui viens de naître
Et qui ne sais rien de rien
Dors, petit enfant rose
Toi qui n’es pas plus grand
Que le ventre de ta maman
Garde les yeux fermés
Tandis que tu grandis
Dans ton sommeil

Desserre les poings
Ça ne fait pas si mal
Venir au monde
Dors, mon enfant, mon petit
Et fais de beaux rêves
Je suis là tout près

 

© André-Guy Robert, 1998, 2022
Toute reproduction sans l’autorisation de l’auteur est interdite.
Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

 

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