Ciel convertible

Dessin de Patrick Coppens
Dessin de Patrick Coppens en couverture de l’album CD Ciel convertible (2018).

 

Paru en 2004, le recueil de poésie Ciel convertible[1] de Patrick Coppens, un fondateur de la Société littéraire, avait eu le temps d’entrer en dormance. Le compositeur lavallois Gilbert Patenaude l’en a tiré – effet du réchauffement climatique? – pour le faire chanter, ce ciel, et donner du fruit.

L’idée a germé et ensemble, ils ont produit un enregistrement, puis, pour le lancement en première mondiale, un spectacle au Théâtre des Muses de la Maison des arts de Laval. Le 14 novembre 2018, les spectateurs ont été choyés : outre le concert et un vin d’honneur, chacun a reçu en cadeau un bel album CD.

Sur scène, le clan Patenaude (Gilbert, Julien, Mariane et Jacqueline), auquel s’est jointe Sheila Hannigan, a offert une performance variée : alternance de parties de baryton et de soprano, duos, accompagnement au piano et au violoncelle, lecture expressive sur fond musical, le tout ponctué d’interventions bienvenues du baryton, guide sympathique, instructif et drôle.

Manifestement, le compositeur s’est pénétré des textes du poète. Gilbert Patenaude a su traduire dans son propre idiome musical la fantaisie et l’humour des poèmes de Patrick Coppens, souvent abstraits. Ce faisant, il en a fait mieux comprendre certains aspects. (Voilà bien un petit mystère : faire mieux comprendre des mots… avec des sons. Et ça marche!)

Le chant classique a ceci de particulier qu’il élève la voix au rang d’instrument de musique. On ne s’étonnera donc pas que la musicalité y gagne aux dépens d’une certaine intelligibilité. Si l’on avait choisi de projeter les paroles sur un écran, nos sens auraient été moins sollicités que notre intelligence. Est-ce que cela aurait été mieux? La question se pose. On a choisi de faire découvrir les sons du texte. « Restent des impressions », écrit Patrick Coppens. Exactement.

Le langage de Gilbert Patenaude est de facture classique contemporaine. Comme l’a joliment fait remarquer son fils Julien, la partition musicale n’est pas destinée à devenir « un ver d’oreille ». Mais elle est cohérente de bout en bout et souvent espiègle, comme le texte. Pour mieux l’apprécier, ouvrons l’album CD.

Magnifique objet orné d’un dessin en couleurs de Patrick Coppens, il se présente tel un triptyque : de part et d’autre du CD (76 minutes de piano, de violoncelle et de chant), on a inséré deux livrets reproduisant 49 des poèmes mis en musique (plus qu’au concert et autant que peut en contenir le disque). Quelle générosité! Familiarisé avec l’œuvre par le concert, l’auditeur peut ainsi réécouter la musique tout en suivant les paroles, texte en main.

 

Je suis le conseiller des astres
un grand ciel à la fois
des poèmes tout autour
[36]

 

La mise en pages des livrets, professionnelle, s’agrémente de pages foncées ou de couleur. L’enregistrement séduit : l’auditeur se sent tout proche des interprètes grâce à la qualité de la prise de son (merci à Bernard Gariépy Strobl). Les voix sont belles et l’interprétation convaincante.

Quand elle est percussive, la musique de Gilbert Patenaude me fait parfois penser aux cycles vocaux de Chostakovitch, pourtant très différents. Par exemple, dans la finale des « Amourettes de l’automate » [3] et dans les quatre [15] ou cinq [21] notes répétées au piano. On remarque des séries de sept notes qui sautillent déjà dans le texte [1]. Les cordes pincées au violoncelle ponctuent le discours comme le fait la contrebasse dans un ensemble de jazz [6, 14, 25, 36, 41]. Il arrive au piano de piaffer [18] ou à la soprano de parafer un mot par des vocalises bien placées [9, 17, 45] : moments ludiques. La musique ne paraphrase jamais le texte. Elle l’éclaire rien qu’en tenant son propre discours.

En résumé : une soirée mémorable, un album CD réussi et une consécration méritée pour Patrick Coppens, poète et capteur de rêves.

Un ange passe…

le ciel prend son trou [19]

L’ange dit
faites comme d’habitude
[4]

 

Laval, septembre-octobre 2018.

 

© André-Guy Robert, 2018
Toute reproduction sans l’autorisation préalable de l’auteur est interdite.
Demande d’autorisation : andreguyrobert@hotmail.com

 

Compte rendu publié dans :
Entrevous, revue d’arts littéraires,
numéro 8, section « La littérature au concert »,
Société littéraire de Laval, 15 octobre 2018, 64 p. [p. 48, 49];
Entrevous est une revue numérique en ligne.
http://sll-entrevous.org/entrevous-08-octobre-2018/
Permis de reproduire accordé par l’éditeur.

 

[1]. Mis en musique par Gilbert Patenaude. La première de cette version musicale a été donnée au Théâtre des Muses de la Maison des arts de Laval (Québec) le 14 septembre 2018. Soprano : Jacqueline Woodley. Baryton : Julien Patenaude. Pianiste : Mariane Patenaude. Violoncelliste : Sheila Hannigan.

 

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