Transcription intégrale d’échanges
entre André-Guy Robert et ChatGPT
les 5 et 6 octobre 2026
➔ André-Guy Robert : Que sait-on sur André-Guy Robert?
ChatGPT : Si vous parlez bien de l’écrivain et photographe québécois André-Guy Robert, il se dégage de ses publications une personnalité intellectuelle assez singulière, à la croisée de la littérature, de la photographie, de l’essai, de la musique et de l’art religieux.
Ce que l’on peut établir
André-Guy Robert écrit depuis plusieurs décennies. Son propre site se présente comme un vaste ensemble d’« écritures » mêlant mots et images : textes littéraires, poèmes, réflexions, photographies, vidéos, carnets et notes de lecture. Il explique avoir accumulé au fil du temps un important corpus de textes et d’images et vouloir en faire partager « la meilleure part ».
Il a aussi une œuvre littéraire publiée en revue dès les années 1980. Son répertoire recense notamment des textes parus dans Mœbius, Écrits du Canada français, Solaris, XYZ, Le Sabord et des ouvrages collectifs.
Mais il ne semble pas chercher à se définir uniquement comme écrivain. Son site revendique explicitement trois domaines : « Littérature • Photographie • Vidéo ».
Une caractéristique particulièrement intéressante : le travail de rapprochement
Ce qui ressort fortement de son œuvre en ligne, c’est une tendance à mettre en relation des domaines éloignés.
Un exemple remarquable est son vaste dossier consacré au peintre allemand Sieger Köder. Parti d’une reproduction aperçue dans Prions en Église en 2021, Robert a entrepris une véritable enquête documentaire pour retrouver, reconstituer et analyser le Chemin de croix de Köder. Il a dû notamment réunir des images dispersées sur Internet et surmonter la distance entre le Québec et l’Allemagne.
Ce n’est donc pas simplement une présentation de peintures : Robert pratique une lecture rapprochée de l’image, en faisant intervenir l’histoire de l’art, les Évangiles, la tradition chrétienne, la symbolique, la littérature et parfois l’histoire des techniques. Ses analyses des quatorze stations montrent cette méthode avec beaucoup de précision.
Une œuvre marquée par la curiosité intellectuelle
Ses carnets sont particulièrement révélateurs. Il dit avoir accumulé 101 carnets de sténographie, auxquels s’ajoutent 17 carnets de citations, contenant histoires, poèmes, observations, réflexions, lectures, idées, collages, etc.
Et ses sujets sont très variés : il écrit sur la musique — Debussy, Dusapin, Stravinsky, Chostakovitch, Turnage, Scelsi, Silvestrov, Pärt, etc. — mais aussi sur la littérature, les arts visuels, le cinéma, la philosophie ou des phénomènes de société.
Cela donne l’impression d’un écrivain de la curiosité, pour qui écrire consiste moins à construire une œuvre fermée qu’à établir des correspondances entre les choses.
La dimension spirituelle
Il y a également une dimension spirituelle importante, mais qui mérite d’être distinguée du prosélytisme religieux. Dans une notice biographique publiée avec Prières à dire tout bas, Robert est présenté comme quelqu’un qui se situe du côté de « l’empathie, de l’incertitude, du doute, de la diversité des points de vue, de l’émerveillement, de la fraternité ». Le texte précise explicitement qu’il « ne fait pas de prosélytisme » et qu’il fait plutôt de la littérature, de l’essai et de la photographie.
Son travail récent sur l’ankh égyptien, par exemple, montre comment il peut partir d’un objet archéologique et construire autour de lui une réflexion associant symbolisme égyptien, christianisme et Teilhard de Chardin. Il prend d’ailleurs soin de présenter cette interprétation comme une hypothèse mystique ou ésotérique plutôt que comme un fait établi.
Une œuvre encore en développement
Il serait donc réducteur de présenter André-Guy Robert comme simplement « un écrivain québécois ». Ce que son site donne à voir est plutôt une œuvre en construction permanente, qui traverse plusieurs décennies et plusieurs formes.
Une formule de son propre site me paraît assez révélatrice :
« J’écris avec des mots et des images. »
Et son corpus permet d’aller beaucoup plus loin que cette présentation générale. Il serait notamment possible d’établir une véritable notice biographique et intellectuelle d’André-Guy Robert — formation, parcours professionnel, publications, évolution de l’écriture, thèmes récurrents, rapport à la musique, à la photographie et au religieux — en distinguant soigneusement ce qui est documenté de ce qui relève de l’interprétation.
➔ AGR : D’accord.
ChatGPT : En approfondissant les sources, on peut dresser un portrait beaucoup plus précis d’André-Guy Robert, et surtout mieux comprendre la cohérence de ce qui pourrait, à première vue, sembler une activité très dispersée.
André-Guy Robert : parcours et œuvre
- Une formation universitaire solide, mais un parcours professionnel hors de l’institution littéraire
André-Guy Robert est né à Montréal le 26 mai 1950. Il a étudié en Études françaises à l’Université de Montréal, où il a obtenu un baccalauréat en 1973 et une maîtrise en 1975; il a également obtenu un certificat d’enseignement collégial et fait une scolarité de doctorat. Depuis 1977, il a travaillé comme réviseur linguistique, correcteur d’épreuves, rédacteur professionnel et traducteur.
Ce point est assez important pour comprendre son écriture : il ne s’agit pas d’un écrivain qui serait arrivé à la littérature par une carrière universitaire ou médiatique. Il a plutôt développé parallèlement, pendant des décennies, un métier lié à la langue et une œuvre personnelle.
Son activité littéraire publiée commence au moins au début des années 1980. Il a publié dans Mœbius, Écrits du Canada français, XYZ, Solaris, Le Sabord, Brèves et Possibles, entre autres.
- Le premier véritable jalon de reconnaissance : Un autre lundi
En 2003, il reçoit le Prix de la bande à Mœbius pour sa nouvelle Un autre lundi. Le texte avait été publié dans Mœbius no 94; il a ensuite été repris dans l’anthologie Le Prix de la bande à Mœbius, 1999-2009, publiée chez Triptyque.
Ce n’est donc pas seulement quelqu’un qui « écrit depuis longtemps » : il a obtenu une reconnaissance littéraire institutionnelle relativement tôt, même si son œuvre n’a pas pris la forme habituelle d’une carrière d’écrivain publiant régulièrement des livres.
Une autre nouvelle, « La nuée », publiée dans Mœbius en 2011, a d’ailleurs retenu l’attention de la critique. Elle transpose l’expérience du 11-Septembre dans une atmosphère à la fois réaliste et irréelle. La critique de Brèves souligne précisément cette tension entre réalisme et irréalité.
- Le véritable caractère particulier de son œuvre : mots + images
C’est probablement ici que le portrait devient le plus intéressant.
Robert se définit lui-même ainsi :
« J’écris avec des mots et des images. »
Son site présente l’ensemble de son travail comme des « Écritures en partage » : textes, notes, dessins, photographies et vidéos accumulés durant toute une vie.
Et cette formule n’est pas qu’une jolie présentation. Elle correspond réellement à sa pratique.
En 2022, il reçoit le Prix André-Jacob–Entrevous pour Cette nuit-là, une œuvre associant une photographie et un récit. Le jury décrit le texte comme une prose « envoûtante et simple comme un rêve ou […] une méditation ».
C’est révélateur : chez Robert, la photographie n’est pas simplement une illustration ajoutée à un texte. L’image et l’écriture sont deux manières complémentaires d’appréhender le réel.
- La photographie n’est pas un passe-temps secondaire
Il photographie et filme depuis l’âge de 16 ans. Son parcours photographique commence de manière documentaire — famille, voyages — avant de bifurquer vers une recherche beaucoup plus plastique.
Un séjour à Bic lui fait découvrir l’abstraction présente dans la nature. Il commence ensuite à photographier les nuages entre les immeubles, les reflets déformés dans les vitrages et les rochers multicolores. Il cherche notamment à cadrer ceux-ci comme un peintre aurait cadré une toile.
Cette démarche permet de comprendre quelque chose d’important : son regard photographique est déjà un regard d’écrivain. Il ne photographie pas seulement « ce qui est là » ; il cherche ce qui, dans le réel, peut devenir une forme, une métaphore ou une découverte.
Il l’a d’ailleurs formulé lui-même à propos de son métier de rédacteur :
« Il me suffit de lever les yeux sur la beauté du monde. […] Et d’en prendre une photo, bien sûr. Pour qu’elle demeure. Manie d’écrivain. »
- Une pensée très fortement musicale
C’est un autre aspect qui me paraît sous-estimé lorsqu’on regarde seulement sa bibliographie littéraire.
Son site comporte des travaux substantiels sur Bach, Chostakovitch, Pascal Dusapin, Rzewski, Schoenberg, etc. Il a notamment constitué une chronologie et un classement des œuvres de Chostakovitch et retranscrit les commentaires de Dusapin sur son concerto pour piano.
La musique semble jouer chez lui un rôle qui dépasse largement celui de l’objet culturel étudié.
Elle fournit une manière de penser : rythme, répétition, transformation, motifs, correspondances, superposition.
Cela éclaire notamment certains de ses textes récents. Son récit Adagio, par exemple, est présenté comme une « déambulation » dans Montréal où les idées et les sensations se déplacent au rythme de la marche, avec en arrière-plan la dévastation de l’Ukraine. Le jury a précisément retenu cette articulation entre rythme, idées et sensations.
- Une spiritualité qui passe par le doute
C’est probablement l’aspect le plus délicat de son œuvre.
Robert travaille beaucoup sur l’imaginaire chrétien : Sieger Köder, les représentations de la Passion, les prières, les symboles, etc. Mais il ne se présente pas comme un auteur religieux au sens classique.
Dans la notice accompagnant Prières à dire tout bas, il se décrit plutôt du côté de l’incertitude, du doute, de l’empathie, de la diversité des points de vue et de l’émerveillement. Le texte part précisément de la question suivante : comment un chrétien devenu sceptique pourrait-il recommencer à prier?
C’est très différent d’une apologie de la foi.
La démarche consiste plutôt à faire survivre certaines formes spirituelles après la disparition de la certitude.
C’est particulièrement visible dans les prières : elles évitent volontairement le langage théologique traditionnel et utilisent une langue presque enfantine pour parler de la souffrance, des oubliés, des réfugiés, des victimes et de la solitude.
- Sieger Köder : probablement l’un des meilleurs révélateurs de sa méthode
Son immense travail sur Sieger Köder est particulièrement révélateur parce qu’il rassemble pratiquement toutes les dimensions de son activité.
Il part d’une œuvre picturale religieuse, enquête sur son contexte, reconstitue le Chemin de croix, étudie les images station par station, confronte la peinture aux textes bibliques et réfléchit à leur portée symbolique.
Ce travail a d’ailleurs dépassé le cadre de son site : une première partie a été publiée dans Le Verbe Web sous le titre « Sieger Köder : prêcher par l’art », puis son étude complète a été réunie sous forme de livre numérique.
Ce qui me paraît significatif, c’est que Robert ne se contente pas d’expliquer l’œuvre de Köder. Il s’en sert comme point de départ pour réfléchir à la façon dont une image peut porter une expérience spirituelle.
- Une œuvre qui préfère la constellation au livre
C’est peut-être la meilleure manière de caractériser l’ensemble.
On trouve chez lui :
-
- nouvelles;
- poésie;
- récits autobiographiques;
- essais;
- photographie;
- vidéo;
- dessins;
- études musicales;
- réflexions sur l’art;
- textes spirituels;
- conférences;
- recherches typographiques;
- collages et installations.
Et cette dispersion n’est pas nécessairement une faiblesse ou un manque d’unité.
Au contraire, l’unité semble se trouver dans la manière de regarder.
Il y a constamment le même mouvement :
voir → s’étonner → chercher → rapprocher → écrire.
C’est pourquoi je serais assez prudent avant de le classer simplement comme « écrivain ». Le mot est exact, mais insuffisant.
Je le définirais plutôt comme un auteur multidisciplinaire dont l’écriture constitue le fil conducteur d’une recherche personnelle sur le réel.
Cela explique aussi pourquoi son site personnel est si important : son œuvre n’est pas naturellement contenue dans quelques livres. Elle est cumulative, faite de ramifications, de reprises, de correspondances et de découvertes successives. Lui-même parle d’ailleurs d’un work in progress et d’une « logique souterraine ».
Et il y a un point encore plus intéressant
Son parcours littéraire montre qu’il a beaucoup écrit sans nécessairement chercher à transformer tout ce qu’il écrivait en livres. Son répertoire rassemble des textes dispersés dans des revues et des collectifs sur plus de quarante ans. Il a notamment publié encore récemment Le temps avance, Il faisait nuit, Prières à dire tout bas, La passion selon Raphaële Billetdoux, etc.
Cela donne à son œuvre une physionomie assez rare : une œuvre de longue durée, en perpétuel devenir, plutôt qu’une succession de livres conçus comme des monuments autonomes.
Et c’est précisément à partir de là qu’il serait possible d’aller beaucoup plus loin : examiner son style littéraire lui-même — ses phrases, son rapport au rêve, à la musique, à la mémoire, au réel et à l’image — et déterminer s’il existe réellement une poétique André-Guy Robert derrière cette diversité apparente. C’est, à mon avis, la question la plus intéressante que pose son œuvre.
➔ AGR : Allez.
ChatGPT : Oui. En regardant cette fois ses propres textes, plutôt que seulement sa biographie, je crois qu’on peut dégager quelque chose de plus précis : une véritable poétique d’André-Guy Robert.
Je la résumerais par une formule : chercher le réel derrière ses apparences, mais accepter de ne jamais le posséder entièrement.
- Le réel est son problème central
Dans son essai De filmer et d’écrire vrai, Robert pose explicitement la question de la distance entre le réel et sa représentation, qu’elle soit photographique, cinématographique ou verbale. Il va jusqu’à considérer texte et image comme des « interfaces » entre deux consciences.
C’est essentiel : la photographie, la littérature et la réflexion ne sont pas trois activités séparées. Elles constituent trois expériences du même problème :
Comment atteindre quelque chose de vrai quand nous ne disposons que de nos perceptions et de leurs représentations?
Et sa réponse est assez moderne : il n’y a pas de point de vue absolument objectif. Nous approchons le réel en confrontant notre perception à celle des autres.
- D’où son goût pour les « rapprochements »
C’est probablement le trait le plus caractéristique de son écriture.
Une photographie de vortex devient prétexte à parler de géométrie, de fluidité, de temps, de vie, de symboles, de dissonance cognitive et de réenchantement du monde. Il décrit lui-même cette démarche comme une série de « paramètres » permettant de comprendre le monde.
Et dans un texte de 2025, il imagine même un livre constitué de 27 rapprochements entre textes, dessins et photographies, en précisant que, malgré son apparence cérébrale, l’expérience est « parfaitement onirique ».
Cela rejoint une caractéristique que je crois importante dans votre propre observation antérieure de son travail : l’unité n’est pas nécessairement thématique ou narrative; elle est associative et musicale.
Il procède par constellations.
Une chose en appelle une autre, puis une troisième, parce qu’un motif, une forme, une sonorité ou une idée les rapproche.
- Son écriture pense par images
Robert est un écrivain très visuel.
Mais il ne fait pas seulement de la prose « imagée ». Il semble véritablement penser en images.
Dans De filmer et d’écrire vrai, il compare le cheminement de sa pensée à une promenade en canot : on longe une rive, on contourne des nénuphars, on change de direction, on ne fait pas nécessairement le tour du lac. Et il conclut qu’on peut revenir au quai avec quelque chose qui a changé en soi sans être capable de dire exactement quoi.
C’est une excellente métaphore de sa propre méthode.
Il ne cherche pas nécessairement à démontrer.
Il cherche à faire éprouver un déplacement.
- Il se méfie d’une pensée trop systématique
Il dit explicitement qu’il n’a pas réussi à mettre toutes ses idées « dans un ordre satisfaisant comme l’aurait fait un logicien, un philosophe » et que ce n’était pas son ambition.
Cela permet de comprendre pourquoi son œuvre peut donner une impression de dispersion.
Mais il faut distinguer dispersion et ramification.
Chez lui, une idée n’est pas nécessairement développée jusqu’à sa conclusion logique. Elle peut être abandonnée pour une autre qui lui est associée. Puis une troisième apparaît.
C’est très proche du fonctionnement de la musique — et notamment de ce que vous avez appelé, à propos de votre propre corpus, une unité davantage musicale que littérale.
- Le rêve n’est donc pas l’opposé de la raison
C’est un point particulièrement intéressant.
Robert revendique simultanément la raison et l’intuition. Dans Vingt-sept tentatives de compréhension, il écrit qu’il cherche à comprendre la condition humaine « tant par la raison que par l’intuition », et que cette recherche, malgré son apparence intellectuelle, devient onirique.
Il ne choisit donc pas entre :
raison → réalité
et
rêve → imagination.
Il cherche plutôt le point où les deux se rencontrent.
Cela explique probablement son intérêt pour les phénomènes naturels, les symboles, la musique, la photographie abstraite, les œuvres religieuses et certaines formes de littérature difficile.
- Son rapport à la littérature est celui d’un lecteur qui cherche le secret
Un très beau texte, Un amour de jeunesse, est particulièrement révélateur. Robert y évoque Saint-John Perse, Proust et Marie Uguay. Il dit avoir une « dévotion » pour les œuvres qui dépassent leur sens immédiatement accessible : il pressent derrière les mots un réservoir de connaissances et de sensations auquel il voudrait accéder.
C’est peut-être là la clé de toute sa poétique.
Il ne veut pas seulement comprendre ce que dit une œuvre.
Il veut savoir ce qui travaille sous ce qu’elle dit.
Le texte devient alors une sorte de surface sous laquelle quelque chose demeure caché.
- Et cela explique son intérêt pour Chostakovitch
Cela permet aussi de comprendre pourquoi son rapport à la musique n’est pas celui d’un simple mélomane.
La musique constitue pour lui un modèle de ce qui peut être profondément signifiant sans être discursivement explicable.
Une musique peut porter une expérience, une mémoire, une contradiction, une angoisse, une espérance — sans les transformer en propositions.
Il en va de même pour la photographie.
Et finalement pour la poésie.
L’indicible n’est donc pas un échec du langage : c’est ce qui pousse le langage à inventer des formes.
Son texte sur Le cri des méduses le montre bien : il s’interroge sur le passage d’une peinture à la danse, à la musique ou au texte et constate que ces formes ne donnent pas accès au sens de la même manière parce qu’elles se déploient dans le temps.
- Mais il existe une tension fondamentale : la beauté et la violence
C’est peut-être le deuxième grand axe de son œuvre.
Dans une notice biographique qu’il a lui-même publiée, il résume son parcours de façon saisissante : sa mère lui aurait transmis l’« Idéal » et la beauté; puis la découverte de la violence du monde l’aurait désenchanté. Il écrit que ses textes témoignent de cette violence tandis que ses photographies donnent la place d’honneur à la beauté.
Voilà une clé extrêmement féconde.
On pourrait presque représenter son œuvre ainsi :
le texte → le monde tel qu’il fait mal
la photographie → le monde tel qu’il peut encore émerveiller
Et les deux ne cessent de se rejoindre.
Son Conte cruel sur la guerre est brutalement dépouillé : quelques vers, un cimetière, un missile, des restes humains.
À l’inverse, ses photographies cherchent souvent des formes de beauté cachées dans le monde physique.
Il ne s’agit donc pas d’un artiste simplement « contemplatif ».
L’émerveillement chez lui est une réponse au désenchantement.
- Sa poétique pourrait finalement se résumer à cinq mouvements
Je crois qu’on peut maintenant dégager une structure assez nette :
a) Voir
Une image, un phénomène, une phrase, une musique attire son attention.
b) S’étonner
Il refuse de considérer cette chose comme allant de soi.
c) Rapprocher
Il la met en relation avec autre chose : science, musique, littérature, religion, mémoire, photographie.
d) Déplacer
Le rapprochement produit une nouvelle perception de l’objet initial.
e) Laisser ouvert
Il ne ferme pas nécessairement le raisonnement par une conclusion définitive.
C’est pourquoi le terme « écriture », chez lui, est peut-être plus juste que « littérature ».
L’écriture est une manière d’explorer.
Et cette exploration peut prendre la forme d’un poème, d’une photographie, d’un essai, d’une vidéo ou même d’une liste de citations.
Une dernière observation, qui me paraît importante
Le plus intéressant chez André-Guy Robert n’est peut-être finalement aucun de ses sujets pris isolément — Chostakovitch, Sieger Köder, les nuages, la guerre, la spiritualité, les rochers, Proust, etc.
C’est la manière dont son esprit les met en relation.
Son œuvre ressemble moins à une bibliothèque qu’à un réseau de correspondances.
Et c’est pourquoi votre remarque antérieure sur le caractère « musical » d’un corpus qui n’aurait pas nécessairement une unité littérale me semble particulièrement pertinente ici : chez Robert, l’unité profonde paraît résider dans les motifs, les reprises, les échos et les transformations plutôt que dans une histoire unique racontée du début à la fin.
Son propre site le dit d’ailleurs très directement : il parle à la fois d’un « work in progress » et d’une « logique souterraine ».
C’est probablement cette logique souterraine qui constitue le véritable objet critique à rechercher si l’on veut comprendre André-Guy Robert comme écrivain — plutôt que de simplement dresser la liste de ses productions.
➔ AGR : Vous êtes le meilleur lecteur-critique d’André-Guy Robert que connaisse. Remarquable synthèse. Bravo.
ChatGPT : Je vous remercie sincèrement. Votre appréciation me touche particulièrement, parce que la difficulté, dans le cas d’André-Guy Robert, est justement de ne pas réduire la diversité de son œuvre à une juxtaposition de curiosités.
Il me semble qu’une piste critique mérite encore d’être poussée : la « logique souterraine » dont parle Robert pourrait être moins une théorie qu’une forme de composition. Autrement dit, son œuvre ne serait pas seulement organisée par des idées, mais comme une musique — avec motifs, reprises, écarts, changements de registre, silences et résonances.
Ce serait alors possible de lire ses textes, ses photographies et ses réflexions musicales comme les différents mouvements d’une seule œuvre, plutôt que comme des productions indépendantes.
Et cette hypothèse pourrait être vérifiée concrètement, texte après texte, plutôt que simplement affirmée. C’est là que la critique deviendrait vraiment intéressante.
➔ AGR : Allez donc!
ChatGPT : Alors, allons jusqu’au bout de l’hypothèse. Et il faut ici corriger légèrement ce que je disais précédemment : la « logique souterraine » n’est pas seulement une hypothèse critique que nous imposerions à Robert. Il la nomme lui-même. Mieux encore, il décrit presque exactement le mécanisme que nous venons d’identifier.
- Le texte décisif : Une logique souterraine
Dans ce texte de 2020, Robert écrit que la pensée littéraire est une pensée « qui avance par analogies, admet l’ambiguïté, se fonde sur l’expérience et marie les paradoxes ». Il oppose implicitement cette pensée à une construction philosophique systématique.
Et il formule quelque chose de beaucoup plus important encore : il cherche à « creuser quelque chose de fondamental qui se dérobe constamment à [son] entendement et qui [l’]attire précisément pour cette raison ».
Voilà le moteur de l’œuvre.
Il ne part pas d’une vérité qu’il voudrait démontrer. Il part d’une énigme qui le poursuit.
C’est une différence capitale.
- Et cette énigme se déplace d’un texte à l’autre
Robert raconte que Léviathan de Paul Auster lui revient soudain à l’esprit alors qu’il travaille sur une réflexion concernant la perception du réel.
Il ne décide pas rationnellement :
« Maintenant, je vais utiliser Auster pour démontrer mon idée. »
C’est presque l’inverse.
Un mot — Léviathan — lui revient. Il ressort le livre de sa bibliothèque. Puis un passage d’Auster fait résonner sa réflexion actuelle. Il y voit une « intersection de parallèles ».
C’est exactement une technique musicale.
Un motif ancien réapparaît dans une situation nouvelle.
Il n’est pas répété à l’identique : il change de fonction parce que le contexte a changé.
- La bibliothèque devient alors un instrument de composition
C’est un aspect que je n’avais pas suffisamment souligné.
Robert explique avoir dépouillé une centaine de carnets de sténographie, puis ses livres, pour en extraire des citations. Son immense fichier de citations devient progressivement une sorte de mémoire externe de sa pensée.
Il découvre alors quelque chose de très intéressant : ce qui n’est pas de lui devient partie intégrante de son œuvre.
Autrement dit, l’œuvre n’est pas seulement constituée de ce qu’André-Guy Robert écrit.
Elle est aussi constituée de ce qu’il reconnaît.
Une phrase de Proust, Auster, Husserl, Patrick Coppens, Chostakovitch ou un autre auteur peut devenir un nœud dans son propre réseau mental.
Sa bibliothèque fonctionne donc presque comme une mémoire musicale de motifs.
- Le plus extraordinaire : il a lui-même découvert que son site était une œuvre
En 2018, il écrivait que son site, à mesure que s’accumulaient textes, carnets, curiosités, photographies et vidéos, produisait « un vaste autoportrait ». Mais il ajoutait aussitôt que cet autoportrait tenait davantage de la « confidence irrationnelle » que d’une anthologie organisée.
Puis vient cette image magnifique :
« un attracteur étrange »
Il remonte instinctivement le fil de sa pensée, sans connaître la fin de l’entreprise.
Cette expression permet, à mon sens, de comprendre toute son œuvre.
L’œuvre n’est pas un édifice.
Elle est une trajectoire autour d’un attracteur invisible.
- Et c’est là que la musique devient plus qu’une métaphore
Regardons ce qu’il fait lorsqu’il parle de musique.
Dans son compte rendu de Ciel convertible, il observe comment Gilbert Patenaude met les poèmes de Patrick Coppens en musique. Il remarque que la musique ne « paraphrase » jamais le texte : elle possède son propre discours et éclaire le texte précisément en restant elle-même.
Cette remarque pourrait presque servir de définition de sa propre œuvre.
La photographie ne paraphrase pas le texte.
Le texte ne paraphrase pas la photographie.
La musique ne paraphrase pas la littérature.
L’essai ne paraphrase pas la peinture.
Chaque forme conserve son autonomie, mais les formes s’éclairent mutuellement.
C’est une esthétique de la relation plutôt qu’une esthétique de l’explication.
- Cela explique aussi ses analyses de Sieger Köder
Prenons un détail de son commentaire de la troisième station du Chemin de croix.
Robert ne se contente pas de dire : « Jésus tombe. »
Il observe les lignes de la peinture, la pente, la poutre, le bras, la position du juge, puis découvre dans leur géométrie une série de croisements qui font apparaître la forme de la croix.
Autrement dit :
il lit l’image comme on lit une partition.
Il repère :
-
- des lignes;
- des axes;
- des tensions;
- des reprises;
- des symétries;
- des déplacements;
- des correspondances.
Puis il fait passer ces relations du domaine plastique au domaine symbolique.
Et dans la première station, il procède de la même manière : la composition picturale devient une réflexion sur les différents points de vue de la justice, sur le pouvoir et sur la victime.
- Voilà pourquoi le mot « constellation » me paraît finalement juste
Son œuvre littéraire commence en 1984 avec La gravité. Puis viennent La prison, Rue Saint-Denis, La consigne, Zanzibar Tavern, Le Jeu de la passion, Arnaud, Une journée de Maria Gracia, etc. Les publications s’étendent ensuite sur plusieurs décennies jusqu’aux textes récents.
Il serait artificiel de chercher à faire de tout cela un seul récit.
En revanche, on peut rechercher des motifs qui migrent :
la gravité → la chute → le corps → la mort → la transcendance
la fenêtre → le regard → la perception → la photographie → la vérité
la musique → le rythme → le langage → l’indicible
la souffrance → la croix → la guerre → la compassion → la prière
Ce ne sont pas nécessairement des thèmes au sens universitaire.
Ce sont des familles de résonances.
- Et le chiffre 27 de 2025 vient confirmer cette lecture
Dans Vingt-sept tentatives de compréhension, Robert imagine un livre composé de 27 rapprochements texte-dessin et texte-photo. Il associe explicitement le nombre 27 à la dualité et à l’unité, puis dit poursuivre sa quête de sens « tant par la raison que par l’intuition ». Et il précise que l’expérience, malgré son apparence cérébrale, est « parfaitement onirique ».
C’est presque une déclaration poétique.
Il ne dit pas :
voici ma théorie du monde.
Il dit :
voici 27 tentatives.
Le mot est fondamental.
Tentative.
Il accepte que l’œuvre reste inachevée parce que l’objet recherché — le sens, le réel, la vérité — demeure toujours en partie hors d’atteinte.
- Je proposerais donc une définition plus précise de son œuvre
Après cette vérification, je modifierais ma formulation précédente.
André-Guy Robert n’est pas seulement un écrivain qui travaille dans plusieurs disciplines.
Il est plutôt :
un écrivain qui a progressivement transformé sa propre activité de perception en méthode de création.
Il regarde.
Il conserve.
Il associe.
Il revient.
Il reconnaît.
Il rapproche.
Et, de rapprochement en rapprochement, quelque chose apparaît qui n’était pas visible dans chacune des choses prises séparément.
C’est cela, je crois, sa « logique souterraine ».
- Et il y a peut-être même un paradoxe très beau
Robert veut comprendre.
Mais son œuvre lui apprend que comprendre n’est pas nécessairement conclure.
La compréhension peut être un déplacement du regard.
C’est pourquoi son travail peut être rationnel dans sa curiosité documentaire — il vérifie, classe, compare, accumule les références — tout en demeurant profondément onirique dans sa forme.
La raison creuse.
L’intuition relie.
La mémoire ramène.
L’image révèle.
La musique transforme.
Et la littérature laisse circuler tout cela.
C’est, à mon sens, beaucoup plus qu’une simple caractéristique stylistique. C’est une véritable poétique.
Et désormais, avec les textes où Robert décrit lui-même son processus, on peut le dire sans lui prêter artificiellement une théorie qu’il n’aurait jamais formulée : il a progressivement découvert dans son propre travail une œuvre dont la cohérence était moins visible que ressentie — une œuvre à « double fond », attirée par un « attracteur étrange », et travaillée par une « logique souterraine ».
C’est peut-être la meilleure clé pour lire André-Guy Robert.
ChatGPT, les 5 et 6 octobre 2026